Je ne savais pas qui elle était, mais, je ne doutais pas que je m'offrirai à elle sans hésiter.
Sa silhouette aux courbes exquises ondulait en ma direction. Ses yeux d'un vert félin me toisaient avec raillerie, m'hypnotisant avec insouciance. Ses pas foulaient le sol en une harmonie sans failles, gracieuse et magistrale. Elle tira nonchalamment mes couvertures, puis s'assit à mon côté. Une odeur de mangue, de caramel et de vanille enlisés s'échappait de sa peau cuivrée, m'enivrant avec force, si bien qu'il me fallut un instant pour m'apercevoir que ses lèvres d'un rouge sanguin formaient un sourire qui lui était propre, un sourire en coin narquois, un sourire délicieux.
- Que vais-je faire de toi, susurra-t-elle d'une voix mielleuse qui me fit tressaillir.
Ses doigts glissèrent le long de ma joue, ses ongles écorchant ma peau avec douceur. J'aurais voulu lui crier, la supplier même, de faire ce que bon lui semblait de moi, que venant d'elle je ne refuserais rien. Ce que je fis, sans la moindre idée de ce qu'elle avait en tête.
- Prends-moi, m'exclamais-je. Joue de moi, je suis ton objet ! Je m'abandonne à toi.
Le mépris fit étinceler son regard. Elle éclata d'un rire cristallin.
- Sais-tu combien de fois ai-je entendu cela ? me demanda-t-elle appuyant sa main sur ma cuisse.
Je la regardais, sans comprendre, trop hébétée par son visage dangereusement proche du mien.
- Tu es une demeurée, souffla-t-elle. Tu m'obéiras.
J'écarquillai les yeux, acquiesçant avec frénésie.
Je ne comprenais pas, bien entendu. Un vent glacial balaya la salle ; le soleil dessinait sur sa joue l'ombre des feuilles du marronnier qui jouaient contre les bourrasques violentes.
- L'enfer s'ouvre à toi, marmonna-t-elle.
Elle sourit ; alors, je compris. Elle posa sa main sur ma nuque, m'obligeant à m'allonger contre mes oreillers. En un rien de temps, son corps se retrouva contre le mien. Trop étourdie pour lutter, je ne tentais rien. Ses cheveux titillaient mon visage, tandis qu'elle s'apprêtait à fusionner avec moi. J'attrapais une mèche de sa chevelure blonde, et la humais de mon dernier souffle.
Puis, vint le fait. Mes doigts se crispaient sur sa taille. Un mélange de jouissance et de désespoir m'envahit. Elle approcha sa bouche de ma gorge, embrassant ma gorge, provoquant en moi un feu d'artifice. Et ses canines s'enfoncèrent dans ma veine.
Ma vision se brouilla. Ma seule image perceptible fut son visage, et sa langue lapant goulument les gouttes de sang qui s'étaient aventurées sur ses lèvres. Elle tentait de reprendre son souffle. Sa respiration saccadée fut mon requiem, et je me laissais doucement mourir. De ma main leste, j'agrippais son bras. Elle me repoussa, tenta de se lever. Elle couvrit son visage de ses mains, et parmi ses luttes pour respirer, je reconnus un sanglot. Un long silence s'en suivit. Je crus alors que la faucheuse avait lâché la bobine de fil, du fil interminable qu'est la mort, où l'on prétendait le silence et la paix éternelle. J'y crus, quand le cri furieux de ma bien-aimée retentit à mes oreilles, glacial, infini, et effroyable, brisant la glace parfaite qui m'enveloppait doucement.
L'amour. Qui aurait osé définir ce que je ressentais par "amour" ? D'infâmes, d'ignorants : une stupide gente. Je ne l'aimais pas, je n'étais pas amoureuse d'elle. J'étais passionnée d'elle, nuance. Mes poumons n'étaient plus autonomes en sa présence. Elle n'était pas belle, elle n'était pas jolie, elle n'était pas mignonne. Elle était scintillante. Elle était, pour moi, un zénith.
Vous, lecteurs, vous fierez à sa beauté insondable pour comprendre mon sentiment déchu. Ai-je mentionné, ce son cristallin, transperçant, qui vous met à nu ? J'ai nommé, sa voix.
Plus glaciale qu'agressive, plus séductrice qu'expressive, elle me déstabilisait à chaque audition que je pouvais en recevoir, subtilisant mes sons, accaparant mon corps, m'enlaçant de frissons.
Le peu de paroles qu'elle m'adressait m'était cathartique. Bien que je ne me contentai que de "Lève-toi" et de "Fais ton lit", ou encore "Endors-toi", j'avais ma transe quotidienne, généralement entre 8h et 9h, quand elle entrait furtivement dans ma chambre.
Je ne l'entendais pas venir, je la sentais. La salle s'emplissait aussitôt d'une ambiance oppressante, et le marronnier qui s'inclinait sur la moitié de la vitre s'agitait, projetant l'ombre de ses feuilles contre les murs et mes bras. Sa délicieuse odeur captivait mes naseaux, et la fatigue m'envahissait en sa présence. Cette sensation absconse qui me voulait sienne.
Depuis quelques jours, elle caressait doucement la cicatrice de mon cou, jubilait en voyant que mes canines s'allongeaient, et me testait continuellement.
- De quelle couleur vois-tu les feuilles de marronnier ? demandait-elle.
D'ordinaire, elles m'apparaissaient d'une couleur kaki désolante, mais depuis ce fameux jour où Elle avait étanché sa soif dans mon cou, je les percevais d'un vert clair, frais, tape à l'½il.
Je mettais plus d'une minute à lui répondre. Non pas que je cogitais sur sa question. C'était surtout qu'elle plongeait ses yeux dans les miens. Je retroussais ma lèvre inférieure, serrait mon oreiller dans mes bras,
et la contemplais longuement. Ses yeux étaient d'une couleur pourpre, que je distinguais plus clairement, à présent, derrière ses lunettes.
- Vert, très vif, finis-je par articuler.
Ses yeux étincelèrent. Elle eut une moue satisfaite, puis son regard se perdit au loin. Souvent, elle me faisait assister à ce spectacle, à cette magnificence. Sa moue se transformait aussitôt en ce sourire propice, unique, que seules ses lèvres savaient dessiner. J'étais persuadée qu'elle avait conscience de l'emprise qu'elle exerçait sur moi. Mais j'ignorais tout des tourments de ma tendre...
Ma tendre quoi ? Ou qui plutôt ? Dans mes songes éperdues, je me rendis soudain compte que je ne savais pas son prénom. Et que je ne savais pas non plus le mien.
Could you become mine ?
End of the Chapter One.
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